Ariane Bilheran est normalienne (Ulm), philosophe,
psychologue clinicienne, docteur en psychopathologie, spécialisée dans l'étude
de la manipulation, de la paranoïa, de la perversion, du harcèlement et du
totalitarisme.
Épisode 1 — La structure totalitaire : le délire paranoïaque
« Bien des gens affirment qu'on ne saurait combattre le
totalitarisme sans le comprendre. Ce n'est heureusement pas vrai car,
autrement, notre situation serait sans espoir. »
~ Hannah Arendt, La nature du totalitarisme, 1953
En 2020, je suis intervenue trois fois pour alerter sur
l'émergence du totalitarisme actuel, au prétexte sanitaire : le 13 mai, avec «
Totalitarisme sanitaire : « C'est pour ton bien... Le mal radical »[1], le 30
août, avec « Le moment paranoïaque (le déferlement totalitaire) face à la
dialectique du maître et de l'esclave »[2], et le 30 décembre, à Radio
Canada[3], entrevue au cours de laquelle j'ai affirmé que ce que nous vivions
n'était pas autoritaire, mais totalitaire, en examinant la certitude délirante
de la psychose paranoïaque. Ces interventions m'ont valu railleries, quolibets
et insultes en tout genre, de la part de ceux qui ne peuvent pas entendre ce
qui se passe (ou n'y ont pas intérêt), prétendant que j'exagère ou que je
souffrirais moi-même de paranoïa.
Pourtant, en un an, nos libertés, conquises de haute lutte
durant des siècles, au prix du sang de nos ancêtres, se sont évaporées en
fumée, jusqu'à la survenue de ce « passeport sanitaire », jugé impensable par
la majorité des gens il y a quelques mois encore. Afin d'élaborer un tel
diagnostic précoce de délire collectif, je me suis appuyée sur ma longue
expérience professionnelle d'observations des groupes, des institutions et des
entreprises, lorsqu'ils se transforment en îlots totalitaires. En avril 2020,
bien que certains signes eussent pu paraître insignifiants aux yeux du plus
grand nombre, ils étaient suffisants pour caractériser l'entrée dans une
psychose paranoïaque collective, en particulier le déni de réalité, le
mensonge, le clivage, la projection[4], l'interprétation, la persécution (ici,
d'un virus, ennemi invisible, qui autorise la persécution des individus en tant
qu'organismes porteurs d'une multiplicité de virus), la manipulation des masses
(terreur, culpabilité et chantage), l'idéologie sanitaire (et la propagande qui
la soutient), mais aussi la survenue d'une nouvelle langue pour décrire une «
nouvelle normalité » ou une « nouvelle réalité » faisant table rase de
l'ancien. Rappelons les critères politiques du totalitarisme, qui ne saurait se
réduire à une dictature, un despotisme, ou encore, une tyrannie : monopole des
médias de masse et du corps policier, direction centrale de l'économie,
persécution des opposants et de toute critique, système de surveillance
d'individus, encouragement aux délations, logique concentrationnaire orchestrée
sur la terreur, politique de la table rase, idéologie mouvante construite sur
le clivage entre bons citoyens et mauvais citoyens, sur l'ennemi — visible ou
invisible — et la pureté.
Les individus s'organisent selon des structures psychiques
(certains préfèreront le terme organisation, moins rigide), qui traduisent leur
rapport à la réalité, à l'expérience, à l'autre, à la Loi, aux pulsions, à la
rationalité. Ces structures sont évolutives à la faveur des événements, en
particulier des charges traumatiques lourdes, et c'est ce qui explique qu'en
temps « normal », des individus respectant des tabous moraux fondamentaux
(notamment, ne pas transgresser ni tuer), se désinhibent en temps totalitaire
(ou plutôt régressent psychiquement), l'idéologie de masse permettant de
justifier la levée des interdits anthropologiques du meurtre et de l'inceste —
et de leurs dérivés — qui fondent une civilisation. Ce que l'on sait moins,
c'est que ces structures psychiques concernent aussi les collectifs. Il existe
des personnalités psychiques au niveau des groupes, des institutions, des
entreprises... J'ai longuement étudié la nature des groupes que j'ai appelés «
régressés », lorsqu'ils basculent sur un mode pervers ou pire, paranoïaque. Les
pathologies narcissiques graves ont en effet ce talent de créer une unité
pathologique dans les groupes, avec des interactions inconscientes. C'est dire
à quel point l'individu est pris dans un système, où le tout est d'une autre nature
que la somme de ses parties. Ce système contraint le psychisme individuel, qui
en retour nourrira le délire collectif. Voilà expliqué en peu de mots le
phénomène sectaire et fanatique.
Le totalitarisme correspond à un délire psychotique, celui
de la paranoïa. Il s'agit d'une psychose, qui s'articule sur le déni de réalité
(la réalité et l'expérience n'existent pas, ne servent pas de boucles de
rétroaction pour qualifier la pensée délirante dogmatique), un délire
interprétatif (un ennemi extérieur ou intérieur, visible ou invisible, nous
veut du mal) avec des idéologies dédiés (mégalomanie, pseudo-idéaux
humanitaires, hypocondrie, persécution...), la projection, la méfiance, le
clivage, l'hyper-contrôle. Cette folie présente l'apparence de la raison, du discours
argumenté, tout en s'organisant sur un délire de persécution justifiant la
persécution d'autrui. Elle ne nie pas la Loi, elle l'interprète à son avantage
et, si elle en a le pouvoir, elle l'instrumentalise pour persécuter les
individus, et non plus les protéger. « Para » (παρά), dans le grec ancien
παράνοια, est un préfixe qui signifie tout à la fois « à côté », « en parallèle
», comme dans « parapharmacie », ou « contre », comme dans « parapluie ». De
même que le parapluie agit contre la pluie, le paranoïaque agit contre l'esprit
(νοῦς), contre l'intelligence, contre la logique. Et, pour ce faire, il
subvertit l'esprit, l'intelligence, la logique, et leur fait la guerre.
Peu importe le contenu du délire, à savoir son décor
théâtralisé, car la paranoïa, « folie raisonnante » comme l'ont nommé les
psychiatres Sérieux et Capgras, obéit toujours à une même structuration des
processus psychiques. Nourrie par la haine et la manipulation érotisée des
institutions, elle peut être dangereusement collective et psychiquement
contagieuse, « pour notre bien ». Il convient d'accuser l'ennemi désigné comme
persécuteur, et si possible, de le personnifier. Un virus « pris en tenailles »
— cf. discours d'E. Macron du 31 mars 2021 — est l'ennemi parfait, car il est invisible,
en perpétuelle transformation — « variants ». L'interprétation — déduction à
partir d'une opinion subjective — est au centre du dispositif : ce virus est si
dangereux qu'il en va de la survie de l'espèce humaine — postulat implicite,
qui permet de justifier la destruction de l'économie, des libertés et du droit
fondamental) ; l'interprétation est à la fois exogène — le virus tueur est à
l'extérieur de nous — et endogène — à l'intérieur de nous.
Osons une question blasphématoire : un virus aurait-il l'intention
de nous tuer ? Les virus sont inscrits dans notre ADN ; nous en touchons des
centaines de millions chaque jour. Curtis Suttle, virologue à l'université de
la Colombie-Britannique au Canada, indique dans une étude de 2018, que plus de
800 millions de virus se déposent sur chaque mètre carré de terre chaque jour.
Dans une cuillère à soupe d'eau de mer, il y a plus de virus que d'habitants en
Europe !
« Nous avalons plus d'un milliard de virus chaque fois que
nous allons nager [...]. Nous sommes inondés de virus. »
Un article de 2011 publié dans Nature Microbiology estime
qu'il y a plus d'un quintillion (1 suivi de 30 zéros) de virus sur Terre !!!
Environ 8 pour cent du génome humain est d'origine virale, et les virus ont été
présents bien avant l'espèce humaine sur Terre, ils ont contribué à donner
naissance à la vie cellulaire[5]. Partir en guerre[6] contre un virus, est-on
sérieux ? C'est pourtant ce que propose l'hypocondrie délirante de la paranoïa
collective, dans laquelle le corps devient étranger à soi-même et persécuteur.
Il faut donc persécuter le corps, dans un Syndrome de Münchhausen de masse, qui
consiste à surmédicaliser de façon inadaptée — interdiction de remèdes, couplée
à des vaccins expérimentaux, dont les études qui visent à prouver la qualité,
la sécurité et l'efficacité ne sont pas achevées[7] — une maladie virale
commune (qui mériterait des soins appropriés et précoces), et dont ceux qui en
sont gravement atteints — entre autres, décideurs politiques, des lobbies et
leurs relais médiatiques — dénient la tempérance et l'expérience des experts,
et créent davantage de problèmes et de souffrances qu'ils n'en résolvent.
L'idéalisation est un mécanisme de défense très puissant, de
l'ordre du fanatisme de l'idéal inatteignable. Cet idéal en soi devient
persécuteur, car nul ne peut jamais être à la hauteur. La suggestion de l'idéal
sanitaire tyrannique est forte depuis le départ : la santé est conçue comme
absence de maladie potentielle (d'où la confusion entre les cas et les
malades), et il faut éradiquer le virus. Avec ce chantage de fond : pas de
retour aux temps anciens avant l'éradication du virus. La sophistique change
selon les circonstances. Car le « vaccin », présenté dès le départ comme objet
fétiche et talisman magique contre le virus, semble ne pas fonctionner à la
mesure des ambitions initiales, voire présenter de graves et sérieux problèmes.
Insuffisant (il faudrait continuer les mesures sanitaires contraignantes[8]),
insatisfaisant (il n'empêche pas les contaminations[9], et serait même à
l'origine des variants[10]), éventuellement dangereux[11] — cf. des effets
secondaires graves, que certaines compagnies d'assurance ne prendront pas en
charge[12], et pour d'autres, il sera fort compliqué de démontrer le lien de
cause à effet !.
Devant cet échec vaccinal, l'on peut s'attendre à ce que la
persécution se renforce : il faudra, pour répondre à l'idéal inatteignable
d'éradication du virus, éliminer les individus qui sont supposés
potentiellement porteurs du virus — en puissance, toute l'espèce humaine est
visée. D'ores et déjà, des troupeaux entiers d'animaux ont été disséminés selon
la même logique nazie d'un virus étranger qu'il convient d'éradiquer. Goebbels
notait dans son Journal :
« Dans le ghetto de Varsovie, on a noté une certaine montée
du typhus. Mais on a pris des mesures pour qu'on ne les fasse pas sortir du
ghetto. Après tout, les Juifs ont toujours été des vecteurs de maladies
contagieuses. Il faut ou bien les entasser dans un ghetto et les abandonner à
eux-mêmes, ou bien les liquider ; sinon, ils contamineront toujours la
population saine des États civilisés. »
Les non-vaccinés seront-ils persécutés puis éliminés pour
camoufler l'échec vaccinal à répondre à l'idéal inatteignable ? Abdiquer
l'idéal tyrannique serait renoncer au délire, et signifierait l'effondrement,
la chute devant l'ennemi, la mort, la plongée dans le trou noir. La réalité de
l'expérience doit donc être tordue et asservie, pour coïncider avec l'idéal
archaïque et sadique, qui la disqualifie.
« La scientificité de la propagande totalitaire se
caractérise par l'accent qu'elle met presque exclusivement sur la prophétie
scientifique, par opposition à la référence plus traditionnelle au passé »[13],
et je renvoie aux travaux du mathématicien Vincent Pavan. La confusion entre la
fiction et la réalité de l'expérience règne, appuyée sur un déni des experts,
et la certitude délirante, niant toute objection et doute. Il est même
hérétique d'avoir une opinion sur la propagande totalitaire ; elle « n'est plus
un problème objectif à propos duquel les gens peuvent avoir une opinion, mais
est devenue dans leur vie un élément aussi réel et intangible que les règles de
l'arithmétique. »[14] Elle place l'atteinte de ses buts dans un futur qui est
toujours lointain, une sorte de promesse finale, un paradis, la fin du
calvaire, la pureté de la race, le territoire purifié de la maladie, le retour
au monde d'avant etc. Il s'agit de fédérer la masse contre un ennemi commun,
censé incarner l'opposition à la réalisation de ce but. L'ennemi, autant
extérieur qu'intérieur, sera susceptible de changer, suivant l'interprétation à
l'instant T, pourvu que demeure ce que je nomme « la xénophobie dans la pensée
», à savoir la notion d'un « étranger organique qui serait un « non-soi » menaçant
le soi, au lieu que le « soi » soit « capable de se reconnaître porteur du «
non-soi » et donc de pouvoir l'assimiler. »[15] Pour faire vivre cette
xénophobie sanitaire, il faut opérer une « gigantesque opération de
falsification de la vérité »[16], traduisant tout à la fois une confusion
mentale et un défaut d'intégrité. La scientificité idéologique et sa technique
prédictive ne cessent de se mouvoir ; leur dimension « caméléon » les fait
perdurer au pouvoir.
Conclusion
La psychose paranoïaque est un délire d'enfermement
collectif menant à un destin concentrationnaire, un projet destructeur de « la
vie nue » — cf. Giorgio Agamben — , du « simple fait de vivre », et dont le
rôle des Humanités nous rappelle qu'il est sacré. La paranoïa pose une relation
d'objet narcissique paradoxale : « vivre ensemble tue et se séparer est mortel
»[17] est bien le leitmotiv de l'idéologie sanitaire actuelle qui, si elle est
menacée dans sa subsistance hypnotique, conduira inévitablement à des passages
à l'acte meurtriers et transgressifs sur les peuples désobéissants, ce que l'on
voit d'ailleurs poindre à différents endroits de la planète. Dans les deux
prochains billets consacrés à la psychopathologie du totalitarisme,
j'analyserai les méthodes, les étapes et l'objectif, puis la contagion
délirante, les alliances psychiques et les conditions de sortie du délire
collectif.
Épisode 2 — Méthodes, étapes, objectif du projet totalitaire
« Pour combattre le totalitarisme, il suffit de comprendre
ceci : il représente la négation la plus absolue de la liberté. »
~ Hannah Arendt, La nature du totalitarisme, 1953
« Celui qui n'est pas intérieurement préparé à la violence
est toujours plus faible que celui qui l'exerce. »
~ Alexandre I. Soljenitsyne, L'archipel du goulag, 1973
Le régime totalitaire vise « la domination totale » — cf. H.
Arendt — , c'est-à-dire s'immisce dans la totalité des sphères sociales,
privées et intimes, jusqu'au psychisme des individus. Pour y voir clair, il me
semble impératif là encore de convoquer la psychopathologie. Un individu, ou un
groupe d'individus, peut représenter et cristalliser l'expression de la
paranoïa collective, dont l'essence est contagieuse, comme dans les sectes[18].
« Vaccination-évacuation », vaccinodrome d’Annecy et quais
de Paris.
© Inconnu
« Vaccination-évacuation », vaccinodrome d’Annecy et quais
de Paris.
L'instrument clé de la mise en place du pouvoir totalitaire
est d'abord le harcèlement des esprits qui doivent devenir perméables à
l'idéologie. Il faut que la propagande médiatique obtienne la division du
collectif, des clans traditionnels — familles, classes sociales, clans
politiques — selon le clivage paranoïaque entre les « bons » et les « méchants
» ; la ligne de désignation peut évoluer selon l'idéologie caméléon. Intervient
rapidement la terreur, par la désignation de l'ennemi — ici, au départ,
l'ennemi est un virus affreux qui entend décimer l'espèce humaine, et contre
lequel « nous sommes en guerre », puis les ennemis deviennent les désobéissants
qui ne veulent pas respecter les mesures dites sanitaires imposées par le champ
politique. La propagande, souvent masquée derrière de subtiles manipulations («
c'est pour votre bien »), jubile à créer des chocs traumatiques collectifs (par
exemple, la comptabilité mortifère répétée quotidiennement), qui lui
permettront ensuite d'étendre tout son contrôle sur la population sidérée et
terrorisée, laquelle, sous l'effet des injonctions paradoxales et de l'usure,
appellera le pouvoir tortionnaire en sauveur, ignorant, pour son plus grand malheur,
que ce prétendu sauveur est dans le même temps le persécuteur. La propagande se
fera le reflet de l'ambition de « l'homme nouveau », niant le passé, les
origines, les anciens repères, et toute forme d'altérité, par d'innombrables
mensonges, paradoxes, incohérences et absurdités. L'idéologie, origine et
principe de l'action totalitaire, doit annihiler l'existence du réel et les
retours d'expérience. Hannah Arendt note que, dans le régime stalinien,
« tous les faits qui ne concordaient pas ou qui étaient
susceptibles de ne pas concorder, avec la fiction officielle — données sur les
révoltes, la criminalité, les véritables incidences des activités «
contre-révolutionnaires » par opposition aux ultérieures conspirations fictives
— étaient traités comme irréels. » — p. 18
C'est exactement ce qui se passe aujourd'hui, et je renvoie
aux travaux de Vincent Pavan[19], ou encore aux alertes régulières de
Jean-Dominique Michel, pour mesurer le grand écart entre la réalité de
l'expérience et de l'analyse, et le narratif officiel.
La terreur glisse rapidement sur les opposants qu'il s'agit
de persécuter, à savoir ceux qui ne croient pas à l'idéologie, la mettent en
doute, ou encore dénoncent les manipulations de masse. C'est la première phase,
celle de la mise au pas par l'élimination des opposants. Mais le déferlement
totalitaire se déchaîne bien davantage ensuite : la décompensation paranoïaque
devient aveugle, et se cherche des ennemis potentiels (coupables en puissance,
et non en acte), puisqu'il n'y a plus d'opposants réels. Pour soumettre les
masses, tous les moyens sont permis, en particulier celui de la terreur par
l'arbitraire. Tout allait « bien », en effet, lorsque les masses pouvaient se
rassurer quant au harcèlement des opposants visibles, finalement, ils l'avaient
bien cherché puisqu'ils n'obéissaient pas ! Il est indispensable ensuite que
les représailles du pouvoir totalitaire tombent au hasard, afin d'assurer le
contrôle total. L'arbitraire suscite l'incompréhension et la sidération —
paralysie du psychisme et de la pensée. Croyant ainsi se couvrir, beaucoup
deviennent délateurs, et sont encouragés à l'être par le délire de persécution
paranoïaque : il s'agit de reconnaître l'ennemi, « si bien masqué soit-il
»[20].
Le modus operandi du totalitarisme est le harcèlement. Il
s'agit moins de détruire que de conduire à l'autodestruction[21], jusqu'au
suicide, par les traumatismes réitérés sur la durée, engendrés dans la terreur
et la violence. Les régimes politiques fonctionnant à l'idéologie utilisent la
violence extrême, car il s'agit de transformer l'expérience du réel, de gré ou
de force, pour faire régner l'idéologie, quoi qu'il en coûte. Ceux qui
diffusent l'idéologie et l'organisent savent-ils que l'idéologie est fausse ?
Ce n'est pas sûr, si l'on continue l'analyse sous l'angle de la
psychopathologie. Ils peuvent y croire, et sont sans doute d'autant plus
dangereux qu'ils y croient, d'une croyance religieuse transformée en fanatisme
du dogme. Certains d'entre eux sont sans doute plus cyniques ; nous le voyons
aujourd'hui avec les scandales d'hommes riches et/ou politiques, qui
s'exonèrent des mesures sanitaires qu'ils imposent au peuple. Dans ce cas,
l'illusion idéologique, elle est pour les autres, et non pour eux. D'ailleurs,
pour H. Arendt, la force de l'idéologie ne tient pas à son contenu — lutte des
classes, lutte des races, vaccinés contre non vaccinés, comploteurs contre «
complotistes » etc. — mais à sa forme logique. Pour manipuler au mieux les individus,
il faut les isoler. Le pervers ne fait pas autrement, lorsqu'il entend exercer
son emprise sur sa proie : il l'isole. N'est-ce pas de ce tour de passe-passe
dont il s'agit en prônant la nécessité des multiples confinements, dont le
grand expert mondial en épidémiologie, John Ioannidis, récuse les bienfaits ?
Le totalitarisme enlève aux individus les rapports sociaux, ou plutôt, il ne
leur tolérera que certains rapports sociaux, ceux qui seront politisés par
l'idéologie — par exemple, s'entasser dans le métro pour aller travailler, ne
pouvoir voyager que pour des « motifs impérieux » dont le travail fait partie,
mais pas la maladie d'un proche, ni la naissance d'un petit-fils etc. Les liens
familiaux sont attaqués, par la désunion que crée le fanatisme idéologique.
Le totalitarisme exige une loyauté « à la vie, à la mort »
de l'individu, jusqu'à son sacrifice ultime. Pour cela, il faut capturer
l'individu par une série de gestes obsessionnels aliénant le psychisme, comme
dans les clans mafieux ou encore les sociétés secrètes : quiconque n'est pas
inclus, est exclu ; le pouvoir totalitaire convoque l'utilisation de rituels,
l'absence de factions, la suppression des opinions dissidentes, la
centralisation absolue du commandement, l'exigence d'une loyauté totale, la
promesse d'une protection et de davantage de quelque chose — bonheur, pouvoir,
argent, liberté de mouvement, loisirs... — qui ferait de l'initié un
privilégié. N'est-ce pas exactement ce dont il s'agit à propos du passeport
sanitaire, qui est en tout point similaire au passeport aryen de 1933 quant aux
prérogatives conférées (musées, théâtres etc.) : une communauté de privilégiés
? L'écrivain hongrois, déporté à Auschwitz à l'âge de 15 ans, Imre Kertész,
dans son livre L'Holocauste comme culture indique que le totalitarisme ne peut
exister sans la stigmatisation de certaines populations qu'il se donne pour
mission idéologique de persécuter :
« Au procès de Jérusalem, Eichmann affirmait n'avoir jamais
été antisémite et, bien que la salle ait alors éclaté de rire, je ne trouve pas
impossible qu'il ait dit vrai. [...] Nous devons nous dire clairement qu'aucun
totalitarisme de parti ou d'État n'est possible sans discrimination, or la
forme totalitaire de la discrimination est nécessairement le massacre, la
tuerie de masse. »
Ajoutons que la logique concentrationnaire est indissociable
du totalitarisme, car elle est inséparable de l'enfermement psychique de la
paranoïa. Depuis quelques mois, j'entends des murmures sur la création ou
l'existence des camps de mises en quarantaine, dans différents pays[22]. Si
l'idéologie n'est pas stoppée net (et elle ne le sera pas), par une incrédulité
de masse, la logique concentrationnaire se déploiera, car elle est
l'aboutissement du projet totalitaire : dans le camp, la liberté n'est qu'un
lointain souvenir, la liberté de se mouvoir, d'entreprendre, et la Loi comme
protection de l'individu n'est plus opérante. Il faut nous souvenir que, pour
le paranoïaque, la Loi c'est lui, selon son bon vouloir ; elle n'est plus l'expression
de ce qui fait tiers entre les individus, pour protéger leur intégrité, mais
devient un instrument de persécution des opposants et des plus vulnérables.
Dans le camp, l'on perd son nom, son identité (l'on devient au mieux un
numéro), ses racines, ses liens, voire toute forme de socialisation ; l'on perd
toute représentation du temps ; c'est la négation de l'humain, le corps est
soumis aux agressions, à la faim, au froid, aux maladies, aux maltraitances
sexuelles, à la déshumanisation — par exemple, les femmes sont tondues, les
hommes rasés, on récupère des bouts de corps... L'objectif totalitaire de la
domination totale est atteint par les camps de concentration. Dans la psychose
paranoïaque, le sujet est psychiquement enfermé, et s'enferme sans cesse
toujours davantage ; il existe une fuite en avant pour toujours davantage de
contrôle, avant d'aboutir à l'extermination.
Pour Hannah Arendt, « le prisonnier d'un camp n'a pas de
prix puisqu'on peut le remplacer »[23]. La logique concentrationnaire du totalitarisme
en ce sens est pire que l'esclavage, parce que l'esclave possède une valeur
marchande : il peut être vendu au marché aux esclaves. La valeur marchande sur
le corps humain relève de la perversion : instrumentaliser à outrance ce qui en
saurait l'être. Rappelons-nous que la perversion est l'instrument du
déploiement du totalitarisme, mais elle n'en est pas le but : le but n'est plus
l'aliénation (soumission) mais l'annihilation (la réduction au rien) du sujet
humain, c'est un cap supplémentaire qui est franchi. La valeur marchande sur le
corps humain peut encore conférer un statut de personnalité juridique mineure,
bien sûr sous un mode pervers. Mais dans l'apogée du totalitarisme les corps
sont remplaçables, interchangeables, n'ont plus aucune valeur sacrée, et plus
aucune valeur, tout court, même matérielle ou marchande. La personne morale est
détruite. Hannah Arendt appelle cela « l'assassinat de l'individualité ». Elle
ajoute[24] :
« Le dessein des idéologies totalitaires n'est donc pas de
transformer le monde extérieur, ni d'opérer une transmutation révolutionnaire
de la société, mais de transformer la nature humaine elle-même. »
Et poursuite :
« Les États totalitaires s'efforcent sans cesse de démontrer
que l'homme est superflu. »
Le totalitarisme est quant à lui et par essence génocidaire
: il n'a plus besoin de l'humain, ou plutôt, il prétend le créer de nouveau, à
partir de zéro. C'est le projet de « l'homme nouveau » ; il faut à la fois
supprimer la liberté humaine, et l'humain dans toutes ses aspérités, pour faire
régner la notion de pureté. N'est-ce pas là le projet en cours du Grand Reset,
et du transhumanisme qui l'accompagne ? Les privilégiés auront une « valeur
marchande » et pourront continuer de vivre dans le monde marchand — voyager,
consommer etc. Quant aux autres ? La paranoïa fonctionne sur un mode binaire :
les purs et les impurs, les forts et les faibles, les utiles et les inutiles,
les essentiels et les non-essentiels... Et c'est cette notion de pureté qui la
fait parquer dans des camps les éléments jugés indésirables car ces dits impurs
ne sauraient venir souiller « l'espace vital ». La pureté est déjà présente
dans l'idéologie sanitaire, où l'on fumige à tout va, y compris au Leclerc
d'Ajaccio[25], comme si nous étions des cafards. Les populations nomades,
apatrides, marginales, et pauvres sont toujours visées, car elles ne se
laissent pas assujettir au contrôle. Il est fort à parier que c'est ce qui
guette une partie de la population ; attendons de voir qui sera l'ennemi désigné
: pour l'instant, l'on suppose qu'il s'agira des non-vaccinés, mais cela peut
tout aussi bien s'étendre aux « islamo-gauchistes » (néologisme flou), à toute
population désignée comme « terroriste » (sur quels critères ?), mais aussi
pourquoi pas aux vaccinés estimés porteurs de variants, car l'ennemi désigné
peut mouvoir, au gré de l'idéologie caméléon.
Conclusion
Le totalitarisme est international dans son organisation,
universel dans sa visée idéologique, et planétaire dans ses aspirations
politiques. Il poursuit « l'expérience de domination totale. »[26]Le but est la
disparition totale de toute spontanéité. Pour y parvenir, il faut à la fois
l'endoctrinement idéologique — nous y sommes déjà —, la terreur arbitraire et
l'ambition concentrationnaire — c'est en route — pour briser ce que hait la
paranoïa : toute forme de spontanéité. Les camps sont le lieu d'achèvement du
processus de déshumanisation et de spoliation de la personne, par la soumission
des corps incarnés, après la brisure des esprits. Hannah Arendt parle de
désolation pour nommer cette épreuve d'une perte radicale des moyens de faire
l'expérience du monde. Le mal est radical : à la racine. Dans un prochain et
dernier épisode, j'analyserai la contagion délirante et les alliances
psychiques inconscientes dans le collectif et les issues envisageables.
Épisode 3 — Contagion délirante et alliances psychiques,
sortie du délire
« La liberté est ce qu'il y a de plus intime, et c'est à
partir d'elle que s'élève tout l'édifice du monde de l'Esprit ».
~ Hegel, Principes de la philosophie du droit, « Cours de
philosophie du droit de 1831 »
Pour entrevoir une issue au totalitarisme, il nous faut
comprendre comment les esprits ont été emprisonnés dans la folie paranoïaque.
Cela suppose de rendre intelligible le phénomène de contagion délirante[27], et
de mettre en lumière les interactions psychiques inconscientes qui s'allient
pour promouvoir l'idéologie.
La paranoïa est une pathologie contagieuse, qui érode les
liens traditionnels[28] pour soumettre les psychismes à de nouveaux liens, ceux
de l'idéologie[29].
Il faut d'abord comprendre — et je ne pourrai rentrer ici
dans le détail d'un processus psychique fort complexe — que le psychisme tend à
se défendre face à la violence du harcèlement, de la propagande médiatique et
de la terreur. Pour cela, il érige des remparts qui lui permettent de tolérer
une réalité insoutenable, parmi lesquels : le déni, le refoulement, la
banalisation, l'idéalisation, le clivage, la projection, la radicalisation,
l'interprétation, l'isolation, la décharge dans le passage à l'acte,
l'automatisation des faits et des gestes, l'anesthésie affective, le
désinvestissement[30]... Ces « mécanismes de défense » érodent la lucidité de
l'individu. En particulier, le déni est une impossibilité absolue de se
représenter la violence de ce qui se passe, jusqu'à rendre hermétique à toute
argumentation ou évidence des faits. Je précise que ce processus psychique n'a
rien à voir avec l'intelligence, mais concerne les « plus fragiles »
psychologiquement, c'est-à-dire ceux qui n'ont pas les ressources internes
suffisantes pour résister à une telle distorsion interprétative du monde : la
majorité des êtres humains. Car il faut une force psychique hors du commun pour
parvenir à garder un raisonnement sain dans un monde qui devient fou, où les
repères sont inversés, la vérité travestie en mensonge, et les innocents
désignés comme coupables, tandis que les coupables exercent une terreur
indécente, au nom du bien du peuple, et de jolis idéaux tels que « la santé
pour tous » ou « la protection de nos aînés. » La contagion délirante opère à
partir de ces remparts, rendant l'individu perméable à l'idéologie, et
désormais adepte inconditionnel de la secte totalitaire.
Il existe une hiérarchie des profils psychiques dans l'accès
aux fonctions structurantes de civilisation que sont la symbolisation et la
sublimation[31]. Nous pouvons déjà distinguer ceux qui ont structurellement
intégré les tabous fondamentaux de l'interdit du meurtre et de l'inceste (et
leurs dérivés : calomnie, envie, transgressions sexuelles etc.), et les autres.
Ces derniers, qui ne sont plus tenus par une structure extérieure, sont alors «
activés » par le délire paranoïaque, qui les autorise désormais à passer à
l'acte, sans plus aucune répression légale, pourvu que l'action mortifère et
transgressive s'inscrive dans la lignée dogmatique de l'idéologie. C'est ainsi
que, sous propagande, des profils pervers peuvent torturer impunément — cf.
Klaus Barbie —, des profils paranoïaques peuvent disséminer la terreur[32], et
des psychopathes, être utilisés comme des mercenaires du régime.
Les névroses ordinaires[33] sont fragilisées, c'est-à-dire
qu'en temps « normal », des personnes se comportant de façon respectueuse des
interdits fondamentaux, peuvent, à la faveur d'une idéologie totalitaire,
régresser, et notamment sur un mode pervers. En clair, le système totalitaire,
par sa dimension délirante massive, fait décompenser des pervers en paranoïa,
et régresser des profils névrosés, en perversion, la perversion étant une sorte
d'ultime digue psychique pour ne pas sombrer dans le délire — cf. Racamier. Le
déploiement du système totalitaire entraîne donc la survenue de nombreux abus
de pouvoir et actes sadiques, commis par des chefaillons qui se révèlent. Et
l'on se demande alors comment ce bon père de famille, d'ordinaire si agréable,
et connu depuis si longtemps, est devenu capable de tant d'atrocités... Je
rappelle que la perversion[34] est l'exécutante consciencieuse et habile de la
folie paranoïaque.
Le paranoïaque définit la stratégie, quand le pervers
déploie la tactique.
Les autres profils névrosés, plus rares, sont tout de même
fragilisés, jusqu'à nourrir des dépressions et des idées suicidaires, ou encore
convertir leur angoisse en névrose obsessionnelle grave : l'individu fonctionne
sur un mode automatisé, par des attitudes ritualisées, qui l'empêchent de
penser sa fonction dans l'ensemble du système, comme Eichmann qui ne faisait
que s'occuper de ce que les trains arrivent à l'heure. L'individu préfère en
effet être entraîné dans la régression psychique collective, plutôt que
d'affronter l'épreuve de la solitude, de la perte et de la séparation — épreuve
à laquelle le philosophe traditionnel est généralement aguerri. Ainsi, dans des
situations incitatives, hors normes, les auteurs d'actes barbares sont aussi
des « honnêtes gens », aux profils obéissants.
Seuls trois types de profils résistent au déferlement
totalitaire :
Des « anti-sociaux », déjà habitués à ne pas se soumettre
aux règles du monde qu'ils interrogent toujours avec une grande vitalité ;
Des personnes ancrées sur Terre avec un bon sens paysan qui
les vaccine contre toute idéologie hors sol ;
Quelques intellectuels et artistes.
Tous disposent d'une profondeur émotionnelle intérieure,
d'une autonomie interne, et de références morales à l'autorité transcendante,
suffisantes pour arrimer l'affirmation d'eux-mêmes dans une filiation
temporelle verticale (anciens maîtres, généalogie, ancêtres...), ce qui les
affranchit de l'adhésion horizontale au groupe et du collage à l'idéologie.
Parmi ces profils, l'on peut trouver (mais pas obligatoirement), des personnes
aux hautes valeurs morales, d'une grande intégrité, et d'autres (ou les mêmes),
avec une forte sensibilité aux processus liberticides
Les rares qui ont compris dès les premiers signaux d'alerte,
et n'ont pas besoin de l'expérience de la désolation pour mesurer le danger de
la construction mentale délirante, incarnent le chemin étroit de la vérité et
les résistants de la première heure.
Ils appellent à la désobéissance face à l'abus de pouvoir,
et invoquent un idéal humain de liberté, contre le règne absolu de la
contrainte. Il faudra néanmoins attendre le réveil des masses, pour que le
totalitarisme s'effondre, ces masses qui réagissent favorablement à la
suggestion hypnotique, et se laissent facilement séduire, par le cadeau
empoisonné de l'idéologie et son apparente cohérence : la fuite d'une réalité
vécue comme désagréable. La propagande totalitaire fonctionne, car elle promet
de transformer radicalement un monde dont les masses ne veulent plus, parce
qu'elles n'y trouvent plus leur place. Bien entendu, ce sentiment d'être perdu,
sans racine, le totalitarisme a pu lui-même en être à l'origine, avant d'en
tirer profit. La globalisation offerte par l'idéologie totalitaire rassure ;
elle donne l'illusion de la prise en charge totale, peu importe que cette prise
en charge soit le fruit d'une mère omnipotente qui peut changer d'humeur à
n'importe quel moment, jusqu'à tuer sa progéniture si cela lui chante.
Les masses doivent cesser de collaborer et, partant, de
croire. Et c'est inéluctable : l'expérience de la réalité totalitaire se
chargera elle-même de la désillusion.
Les masses, en éprouvant le fait totalitaire dans leur
chair, dans leurs familles, dans leurs individualités, confrontées à l'action
mortifère de la secte, finiront par ouvrir les yeux. Il est donc essentiel que
cette alliance provisoire entre les propagateurs politiques de l'idéologie —
décideurs politiques et économiques/propagandistes et intellectuels collaborant
à l'idéologie — et une grande partie du peuple cesse. La diffusion de
l'information, ainsi que le bouche-à-oreille de ceux qui témoignent à ceux qui
les relaient, est également un facteur essentiel dans la désillusion des
masses.
Désobéir est vital. Faire partie des hérétiques au sens
propre, de ceux qui font le choix de ne pas se plier à la croyance religieuse
de l'idéologie totalitaire. Il y a autant de désobéissances que de spontanéités
individuelles. L'artiste qui ne suit pas l'art totalitaire désobéit, et fait de
la liberté sa foi.
« L'initiative intellectuelle, spirituelle et artistique est
aussi dangereuse pour le totalitarisme que l'initiative criminelle de la
populace, et l'une et l'autre sont plus dangereuses que la simple opposition
politique. La persécution systématique de toutes les formes supérieures
d'activité intellectuelle par les nouveaux dirigeants de masse a des raisons
plus profondes que leur ressentiment naturel pour tout ce qu'ils ne peuvent
comprendre. La domination totale ne tolère la libre initiative dans aucun
domaine de l'existence ; elle ne tolère aucune activité qui ne soit pas
entièrement prévisible. Le totalitarisme, une fois au pouvoir, remplace
invariablement tous les vrais talents, quelles que soient leurs sympathies, par
ces illuminés et ces imbéciles dont le manque d'intelligence et de créativité
reste la meilleure garantie de leur loyauté. »[35]
Ne pas se soumettre au dogme, l'interroger et conserver son
esprit critique, créer en-dehors de ce qui est permis, emprunter les sentiers
de traverse, mais aussi archiver, conserver cet ancien que le pouvoir
totalitaire désire détruire, informer, tout ceci fait partie de la résistance.
Le totalitarisme craint le primat de la subjectivité, la texture unique du
témoin qui transcrit ses émotions, sa sensibilité, sa vie psychique et son
humanité ; il redoute cette liberté de l'esprit contre la rigueur de la lettre,
l'ironie ou « le trait d'esprit », le rire contagieux qui le détrône de sa
toute-puissance. Penser est dangereux, mais « ne pas penser est encore plus
dangereux. »[36]
Que nous reste-t-il lorsque tout est perdu ? Devenir, pour
reprendre le titre du livre d'Imre Kertész, un « être sans destin ».
Cet auteur, déporté à Auschwitz à l'âge de 15 ans, et libéré
du camp de Buchenwald en 1945, pose la question de savoir ce qu'il advient,
lorsqu'un homme est privé de tout destin :
« S'il y a un destin, la liberté n'est pas possible ; [...]
si la liberté existe, alors il n'y a pas de destin [...], c'est-à-dire qu'alors
nous sommes nous-mêmes le destin. »
Peut-être devons-nous simplement accepter d'être dans la
non-maîtrise des événements, et reprendre à l'inverse la devise de l'Abbaye de
Thélème : « fais ce que dois ». Accomplir notre devoir humain, jusqu'au bout de
ce dont nous avons la maîtrise, et au-delà, embrasser les affres de notre
expérience humaine. Le ballon du délire paranoïaque collectif se dégonfle
lorsque le langage trafiqué de l'idéologie perd de son charme envoûtant. C'est
pourquoi notre liberté se conquiert dans le Verbe, qui nomme avec justesse
l'expérience humaine, et ce fut depuis toujours le rôle des Humanités. Le «
philosophe-médecin »[37] doit diagnostiquer, nommer le délire, et le
caractériser.
Irrespectueux des lois du vivant, qui sont immuables,
destructeur des lois transcendantes régissant la condition humaine, le système
totalitaire est par essence voué à l'effondrement[38]. Il s'engraisse et survit
par la collaboration de nombreux individus, la compromission des esprits et du
langage, un renoncement à la vérité, et donc à la justice, le primat de la
peur, donc de la haine. Je clôturerai ces trois épisodes avec Kertész :
« [...] je ne pense pas me leurrer en le disant, je me suis
efforcé d'effectuer le travail existentiel, la tâche que m'a imposée le fait
d'avoir survécu à Auschwitz. Je sais très bien à quel point j'ai été privilégié
: j'ai vu le véritable visage de ce siècle monstrueux, j'ai regardé la Gorgone
dans les yeux et j'ai survécu. Mais j'ai su dès lors que je ne me libèrerais
jamais de ce spectacle, j'ai su que ce visage me garderait éternellement sous
son emprise. [...] Et, si vous me demandez maintenant ce qui me maintient en
vie sur cette Terre, je vous répondrai sans hésiter : l'amour. »[39]
Notes [regroupées - NdE]
[1] —
https://www.arianebilheran.com/post/totalitarisme-sanitaire-c-est-pour-ton-bien-le-mal-radical
[2] —
https://www.arianebilheran.com/post/le-moment-paranoiaque-vs-deferlement-totalitaire-face-a-la-dialectique-du-maitre-et-de-l-esclave
[3] —
https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/bien-entendu/segments/entrevue/337551/ariane-bilheran-idees-incapacite-discussion
[4] Il ne m'est pas possible ici de déployer toute la
psychopathologie de la paranoïa, je renvoie le lecteur à mon livre
Psychopathologie de la Paranoïa, Paris, Dunod, 2019 (2ème éd.)
[5] —
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1661324/virus-definition-corps-humain
[6] Cf. discours d'E. Macron, 16 mars 2020.
[7] — https://www.francesoir.fr/societe-sante-videos-les-debriefings/debriefing-avec-le-dr-umlil-vaccination-la-validite-du
—
https://www.catherinefrade.com/blog/2021/04/01/eclairage-sur-les-donnees-publiques-europeennes-des-amm-conditionnelles-pour-les-4-vaccins-covid-19-31-mars-2021/
[8] Les vaccinés peuvent-ils s'affranchir des gestes
barrières ? Non, répond le ministère de la Santé : « Le port du masque reste
nécessaire. Plus généralement, une personne vaccinée doit continuer d'appliquer
les gestes barrières. » — https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/vaccin/covid-19-peut-on-arreter-les-gestes-barrieres-lorsqu-on-est-vaccine_4353315.html
[9]
https://www.lepopulaire.fr/bessines-sur-gartempe-87250/actualites/malgre-la-vaccination-massive-des-foyers-de-contamination-demeurent-dans-des-ehpad-de-haute-vienne_13953359/
—
https://www.europe1.fr/sante/un-octogenaire-demande-au-conseil-detat-a-etre-deconfine-apres-avoir-ete-vaccine-4034911
[10] « C'est très simple, les variants viennent des
vaccinations », Professeur Luc Montagnier, prix Nobel de médecine, interview de
Pierre Barnerias. « On vaccine des gens, ça sélectionne des variants, et
finalement les gens ne sont plus couverts par le vaccin, et on continue à
vacciner quand même » (Professeur Christian Perronne).
[11] — https://vaers.hhs.gov/
https://ansm.sante.fr/actualites/vaccination-covid-19-des-outils-pour-sinformer-et-mieux-declarer-les-effets-indesirables
—
https://www.ema.europa.eu/en/news/meeting-highlights-pharmacovigilance-risk-assessment-committee-prac-3-6-may-2021
— https://www.cdc.gov/coronavirus/2019-ncov/vaccines/safety/adverse-events.html
[12] — https://youtu.be/vHLWvvH08sk
[13] Arendt, H. Les origines du totalitarisme.
[14] Arendt, H. Le totalitarisme, Chapitre XI.
[15] Annick de Souzenelle, Le baiser de Dieu, Paris, Albin
Michel, 2007.
[16] Agamben, G. 2020. Traduction (Florence Balique), à
partir du texte italien publié le 28 avril 2020 sur le site Quodlibet : —
https://www.quodlibet.it/giorgio-agamben-sul-vero-e-sul-falso
[17] Caillot, J.P. 1982. Thérapie familiale psychanalytique
et paradoxalité, Paris, Clancier-Guénaud.
[18] Bilheran, A. 2019. « Contagion délirante et mélancolie
dans la paranoïa », in Santé Mentale.
[19] —
https://sand-avocats.com/wp-content/uploads/2021/03/La-cecite-du-gouvernement-portee-devant-le-Conseil-dEtat.pdf
[20] Discours de Staline 29 juillet 1936
[21] Bilheran A. 2012. « Harcèlement et suicide au travail :
quel rapport ? »,
https://www.arianebilheran.com/post/harcelement-et-suicide-au-travail-quel-rapport
[22] — https://www.reuters.com/business/healthcare-pharmaceuticals/australian-state-considers-mining-camps-coronavirus-quarantine-2021-01-14/
—
https://www.ctvnews.ca/health/coronavirus/china-builds-massive-covid-19-quarantine-camp-for-4-000-people-as-outbreak-continue-1.5274898
Pour l'instant, ces camps sont présentés comme des « centres de vacances » en
France : — https://youtu.be/aDaxQK9Gqqw
[23] Ibid., p. 181.
[24] Arendt, H. Le système totalitaire.
[25] Sous le curieux nom de « tunnel de désinfection » : —
https://www.francebleu.fr/infos/societe/les-tunnels-de-desinfection-contre-la-covid-19-installes-a-leclerc-folelli-apres-baleone-et-avant-1605126994
[26] Arendt, H. Les origines du totalitarisme, p. 723.
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[27] Bilheran, A. 2019. « Contagion délirante et mélancolie
dans la paranoïa », Revue Santé Mentale. Article en accès libre sur ce site.
[28] Collectif transgressé, clivage, division, délation,
apartheid.
[29] Il est à souligner que tout ce qui contribuera à rompre
les liens de l'idéologie contribuera à affaiblir le totalitarisme ; en ce sens
la corruption traditionnelle au sens des petits arrangements entre des
fonctionnaires et la population, par exemple, sera une épine dans l'ambition de
domination totale du système totalitaire.
[30] Bilheran, A. 2017. Harcèlement. Psychologie et
psychopathologie, Amazon. En vente sur ce site au format Pdf.
[31] Bilheran, A. 2020. Psychopathologie de l'autorité,
Paris, Dunod.
[32] Bilheran, A. 2017. « Terrorisme, jeunesse, idéaux et
paranoïa », Paris, Revue Soins, Elsevier. Article en accès libre sur ce site.
[33] Je rappelle que nous sommes tous a minima névrosés, car
nous avons dû tous opérer un refoulement sur nos pulsions primaires agressives,
ce qui est plutôt une bonne chose pour parvenir à vivre ensemble.
[34] La perversion est une pathologie du narcissisme, qui
instrumentalise à son propre intérêt. La jouissance obtenue n'est ni partagée
ni créatrice pour chacun : elle est sadique et destructrice. Le pervers prend
tout et ne partage pas. Il capture ce qui est sain et constructif, pour le
dévier, le détourner, le salir et le détruire. Cf. Bilheran, A. 2019.
Psychopathologie de la paranoïa, Paris, Dunod.
[35] Le totalitarisme, Chapitre XI.
[36] H. Arendt, entretien du 06 juillet 1974. —
https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000001722/hannah-arendt-sur-la-liberte.html
[37] Terme emprunté à Nietzsche.
[38] Cela ne présage pas de sa durée, ni de l'ampleur des
destructions.
[39] Kertész, I. 2000. « Discours prononcé au Renaissance-Theater
de Berlin », in L'Holocauste comme culture, Paris, Actes Sud, 2009.
Commentaire : Voici quelques ouvrages en lien avec le sujet
développé dans l'article :
La marche irrésistible du nouvel ordre mondial, Pierre
Hillard
Neuro-esclaves — Techniques et psychopathologies de la
manipulation politique, économique et religieuse, Marco Della Luna & Paolo
Cioni
Un si fragile vernis d'humanité — Banalité du mal, banalité
du bien, Michel Terestchenko
La ponérologie politique, Andrew Lobaczewski
Propagandes, Jacques Ellul
Les origines du totalitarisme, Hannah Arendt
La langue des médias — Destruction du langage et fabrication
du consentement, Ingrid Riocreux
Histoire d'un Allemand — Souvenirs (1914-1933), Sebastian
Haffner
Et toujours en lien avec l'article, nos Focus suivants :
Le Magicien d'Oz — La sombre réalité que l'État profond
cache au monde entier
« Histoire d'un Allemand — Souvenirs (1914-1933) », de
Sebastian Haffner ou quand l'histoire se répète... à l'échelle mondiale
La convergence bionumérique ou comment faire miroiter aux
populations un avenir meilleur synonyme de prison
Eugénisme et contrôle de l'humanité — Les plans des élites
sont purement et simplement démoniaques
La dystopie totalitaire émergente — Entretien avec le
professeur Mattias Desmet
La psychopathie et les origines du totalitarisme
Faillite et ensauvagement des élites criminelles — « Une
société en pleine décadence », par Michel Maffesoli
Le pouvoir des élites est une illusion et leur contrôle
n'est qu'une façade
L'ère du Covid — Décryptage des « techniques de manipulation
mentale dignes des régimes totalitaires » servies par une technologie
diaboliquement efficace
Choisirez-vous la liberté ?
Bienvenue en Covidie — Tenter de comprendre la nouvelle
réalité d'un monde qui enterre l'ancien
Le Covid pour toujours & plus jamais de Noël — Lever le
maléfice qui nous enserre
L'hystérie collective du Covid-19 et le « processus
alchimique de l'humanité »
Fraude et imposture — Les tests Covid ou l'outil de contrôle
indispensable « pour sauver le monde » transformé en Virusocratie
L'âme et les barbelés — Une « liberté « muselée »
Sources de l'article initialement publié en trois parties
dans le magazine L'Antipresse — accès réservé aux abonnés — et reprises sur le
site personnel d'Ariane Bilheran :
Partie 1, le 23 mai 2021
Partie 2, le 30 mai 2021
Partie 3, le 6 juin 2021
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